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Pascal Silvestre

Rédacteur en chef

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Le coureur du 5è étage

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Il se pensait à l’abri du besoin. Et puis un jour, lâché par les siens, Olivier a perdu pied. Pour remonter à la surface, il a appris à courir. Une bande de petites vieilles a alors pris le relais…

Il s’est installé là aux lendemains de son divorce : un immeuble sans charme construit à la hâte en plein cœur du 15è arrondissement de Paris. Olivier aurait souhaité quelque chose de plus confortable, d’un peu original. Mais il n’avait pas de temps à consacrer à la recherche d’un appartement. Delphine, son ex-femme, lui manquait. Et ses enfants avaient coupé les ponts. Il emménagea rue du Commerce un jour de forte pluie. Durant plusieurs semaines, ses meubles sentirent l’humidité. Ça le dégoûtait. Un jour, comme il rentrait du travail, il s’imposa un détour par une boutique de sport pour y acheter des chaussures de running. «Peut-être que ça va m’occuper », se dit-il sans trop y croire.

Il partit à l’aventure. Quelques pâtés de maison dans un sens. Et puis le lendemain dans un autre. De plus en plus loin. Jusqu’au Périphérique et aux Invalides. Un jour, forcément, il découvrit les quais de Seine. Ce fut comme une espèce d’épiphanie. Brusquement, il se sentit bien dans sa peau. Il sentit que cette peau était à lui, qu’elle ruisselait, qu’elle avait une odeur, qu’elle se plissait, rougissait et participait tout entière au geste qui consistait à courir. Lentement. Puis plus vite.

« Ils doivent bien se foutre de ma gueule »

Sa vie se réorganisa. Il vendit sa voiture et oublia jusqu’aux transports en commun. Paris est une ville minuscule pour qui sait slalomer dans les embouteillages. Olivier partait travailler en courant. Le soir, il déclinait consciencieusement ses séances de fractionné en suivant un plan d’entraînement de Runners.fr. Il dédaignait l’ascenseur et proposait souvent aux dames âgées de transporter leurs commissions lorsqu’elles rentraient de Monoprix. Les petites vieilles – comme elles se surnommaient elles-mêmes – aimaient sa discrétion. Josée, la plus âgée du groupe, lui disait souvent qu’il avait trop maigri. Et c’est vrai qu’il avait maigri. Chaque fin de semaine, elle lui offrait deux tablettes de chocolat noir ou une boite de cannelés de chez Picard. Olivier avait d’abord refusé. Finalement, il s’était laissé amadouer.

La première fois qu’il courut le Marathon de Paris, personne n’était au bord de la route pour l’encourager. Ça lui allait très bien comme ça ! Delphine et les enfants persistaient à l’ignorer. Ses anciens copains, eux, jouaient au golf. « Ils doivent bien se foutre de ma gueule », pensait-il souvent en rentrant de ses séances d’entraînement. Un jour, les petites vieilles lui firent une surprise. C’était la semaine qui précédait son troisième Marathon de Paris. Il ambitionnait de courir en moins de 3h30 et s’en était confié à Josée. « Nous avons pris le bus pour repérer le parcours, lui dit-elle d’une voix de comploteuse. Nous serons au niveau du 31èkm. A gauche de la chaussée. »

Elles tirent parole. Olivier, tout à l’affaire de son marathon, les avait oubliées. Et elles étaient là. Avec un bouquet de ballons mal gonflés et quelques pancartes tenues à bout de bras qui disaient : « ALLEZ OLIVIER ». Il eut du mal à finir ses 42,195km, mais à la fin, avenue Foch, le chrono disait 3h27. Il était heureux et se réjouissait de remercier ses voisines le lendemain. Dans la nuit pourtant, le bruit d’une ambulance le réveilla. Josée venait de faire un malaise. Elle murut avant d’arriver à l’hôpital Pompidou.

« Vous avez déjà couru le marathon de New York »

Les mois passèrent. Et les petites vieilles, à croire qu’elles s’étaient données le mot, disparurent. Certaines furent hospitalisées. D’autres partirent comme Josée. Olivier ne manqua aucun enterrement. Pour Louise, la petite dame du rez-de-chaussée, il prit un jour de RTT : ses obsèques avaient lieu dans le Finistère. Ils étaient moins d’une dizaine dans l’église…

Après ça, des jeunes arrivèrent. « Des bobos », comme disait avec dégoût le patron du bistrot du coin. L’ambiance dans l’immeuble changea. Certains faisaient du sport le week-end. Il y avait même un couple au quatrième qui semblait assez accro de running. Olivier se sentit plus seul. Comme déconnecté. Il lui arrivait de ne pas répondre lorsqu’on le saluait dans le hall. Un jour, presque à son insu, il prit l’ascenseur pour monter au 6è. Une mère et ses enfants occupaient le reste de la cabine. La petite fille lui demanda pourquoi il courait autant. Il ne sut pas trop quoi répondre. « C’est vrai que vous courez beaucoup, insista sa maman. Vous avez déjà couru le Marathon de New York ? » Olivier bégaya que non. Le soir même, il réservait un dossard chez Planet Tours. En s’endormant, quelques heures plus tard, il ne put s’empêcher de penser aux derniers mots joyeux que lui avait murmuré Josée avant de disparaître : « Courez tant que vous le pouvez. Et courez loin, très loin. Vous ne savez pas la chance que vous avez… »

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