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Pascal Silvestre

Rédacteur en chef

Edito

Le combat de Gino (2)

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Parti sur les bases de 2h58 au Marathon de New York, Gino est victime d’une sérieuse défaillance en entrant dans Manhattan. Au point de s’effondrer sur le bitume de la 1ère avenue. C’est à Mylène, sa compagne restée à Paris, qu’il pense alors…

1er episode
Une poignée de secondes de détresse à même le sol avant que les secours ne le prennent en charge. Conscient mais hébété, Gino se retrouva installé sur une chaise roulante et transporté dans une petite tente médicalisée. Plusieurs fois, il s’excusa auprès des secouristes qui vérifiaient ses paramètres vitaux. « Je ne sais pas ce qui se passe, disait-il. C’est la première fois qu’un truc comme ça m’arrive. » Puis, réalisant que les deux infirmiers s’affairant autour de lui ne parlaient pas français : « I am so sorry, I am so sorry… »

Petit à petit, il revint à lui. Le voile qui brouillait sa vue se dissipa. Gino refit sa course à l’envers et chercha à comprendre ce qui avait pu provoquer son malaise. Mauvaise hydratation, mauvaise alimentation ? La veille de la course – très nerveux –, il avait peu mangé. Idem durant les heures précédant le départ. « Peut-être suis-je en train de faire une hypo », pensa-t-il. Comme s’il avait compris ce qui se tramait dans sa tête, un secouriste lui lança dans un sourire : « Hypoglycemia. No big deal ! » Avec précaution, Gino se releva de la chaise et se dirigea vers une petite table de ravitaillement. Là, il attrapa maladroitement une barre énergétique au beurre de cacahuète et une bouteille de boisson d’effort. Il martela intérieurement : « Allez mon gars, on y retourne ! » Quelques secondes plus tard, il reprenait sa place dans le ruban de plus en plus dense de coureurs remontant la 1ere avenue.

A Paris, Mylène suivait nerveusement la retransmission du Marathon de New York. Elle avait enfilé un vieux sweat-shirt que Gino portait souvent en rentrant de l’entraînement et s’était glissée sous la couette. Toutes les 21 minutes – jamais moins, jamais plus –, un chrono apparaissait sur l’écran de son Mac Book Pro : il venait de courir cinq kilomètres. Elle murmurait alors un rien rageuse : « Allez mon Gino ! » Durant plus de deux heures, l’écran lui communiqua des infos rassurantes. Et puis. Et puis, la case du km30 resta vide. 25 minutes, 30 minutes, 35 minutes… Mylène s’agita dans son lit. « Quelque chose ne tourne pas rond, se dit-elle à voix haute. Il devrait être passé depuis un bon moment. Qu’est-ce qui se passe ? » Elle vérifia que le site du marathon n’était pas hors service, refit toute la procédure conduisant à la page de Gino. La case 30 demeurait blanche. « Il s’est arrêté. Il lui est arrivé quelque chose. » Et, cette fois, debout sur son lit : « Gino, tu es où ? »

Gino avançait sur la partie droite de la chaussée à la manière d’un automate. Direction, le Bronx. C’est peu dire qu’il avait renoncé à toute ambition chronométrique. Son seul désir désormais – et il n’avait jamais été aussi impérieux – était de rallier Central Park. La foule était comme une nounou. C’est elle qui le berçait. Et tant pis si le vacarme le surprenait parfois au point de le faire sursauter. Il quitta les quartiers bourgeois de l’Upper East Side pour atteindre Spanish Harlem. Il ne cessait de penser à Mylène et guettait le moment où il passerait sur le tapis chronométrant du 30ème km. « La pauvre, elle doit se faire un sang d’encre », songeait-il avec un étrange sentiment de culpabilité dans la poitrine. « Quel con je fais ! Comment une défaillance pareille a-t-elle pu m’arriver ? »

Il aborda le long faux plat de la 5ème avenue. Personne ne le doublait désormais et c’est lui au contraire qui reprenait des grappes de coureurs à la recherche d’un second souffle. Gino s’immergea à nouveau dans sa course malgré le souvenir toujours cuisant de son arrêt forcé. Lors de chaque ravito, il s’obligeait à marcher quelques pas pour prendre le temps de boire trois gorgées de boisson énergétique au faux goût d’orange et un petit gobelet d’eau. Au même moment, à Paris, Mylène sortait d’un moment de vraie panique. Les cases s’étaient à nouveau remplies de chiffres : kilomètres 30, 35, 40. Elle souriait douloureusement en mordant sa lèvre inférieure : « Il est reparti. Il va bien. » Son visage était rouge écarlate et ses paupières constamment mouillées de larmes. Elle aurait aimé parler avec ses copines mais craignait qu’on se moque d’elle. « Qui peut comprendre, pensait-elle, l’inquiétude et la tendresse d’une femme qui aime un marathonien ? »

L’entrée dans Central Park fut pour Gino une sorte de délivrance. Il savait qu’il avait fait le plus dur. Pour la première fois depuis le départ, il réussit à lever les yeux vers le ciel. Toutes les couleurs de l’automne new-yorkais scintillaient au-dessus de lui. Malgré la dureté de ce marathon si particulier, le temps sembla prendre alors une autre dimension. Comme s’il avait dû en passer par des épreuves inattendues pour vivre un moment de vraie sérénité intérieure. En posant le pied sur le tapis du 40ème kilomètre, il consulta par réflexe son chronomètre. « Je peux encore rester sous les 4h, constata-t-il. Autant finir en beauté ! »

Dans l’aire d’arrivée, médaille autour du cou, il marcha plusieurs hectomètres les yeux mi-clos. Il n’osait sortir son iPhone de la petite poche cachée à l’arrière de son short. « Comment Mylène a-t-elle vécu ces dernières heures ? », s’interrogeait-il. Finalement, il lut les deux messages qu’elle lui avait envoyé : « Mon chéri, tu viens d’arriver. Je ne sais pas pourquoi tu t’es arrêté si longtemps. Rien de grave, j’espère. Donne-moi vite de tes nouvelles. » Et une minute plus tard : « Je t’aime mon Gino et je suis fière de toi. » Il attendit d’être enveloppé dans le poncho en polaire donné aux finishers pour répondre. Le jour déclinait déjà. Il avait envie de boire une bière ambrée très fraîche et de manger un club sandwich avec des frites. Il avait envie de soleil, de chaleur et d’un vrai sommeil réparateur. Il avait envie de croire que d’autres marathons viendraient et que ses jambes pourraient encore le porter au terme des 42,195km. Il avait envie de prendre Mylène dans ses bras et de la rassurer. Il lui écrivit : « Je suis désolé mon amour. Je te raconterai. Course compliquée mais j’ai été au bout. Et c’est grâce à toi. Tu m’as aidé, tu m’as porté. J’ai senti ta présence lors des instants difficiles. Merci. Merci. Merci. Je t’aime. »

Pascal.silvestre@runners.fr
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