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Pascal Silvestre

Rédacteur en chef

Edito

La clairière

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C’était imprudent et elle le savait. Comment lutter pourtant contre l’appel un peu vertigineux des grands espaces ? Des mois que Charlotte faisait bonne figure dans l’agence Société Générale de la rue Monge. Des mois que le désir de sentir l’odeur si particulière de la pinède montait en elle. « J’en ai besoin, se dit-elle en arrivant en Provence. Besoin d’oublier Paris. Besoin de me retrouver seule. Besoin de courir. Ras-le-bol de jouer à la fille très sérieuse devant un écran d’ordinateur… » Elle quitta la petite maison de Maussane à 19h15. C’était une fin de journée d’été chaude et sèche. Sur le perron, elle hésita à emporter une gourde et se laissa distraire par le chant des cigales. « Ce n’est pas nécessaire, décréta-t-elle. Dans une heure, je serai de retour… »

Elle emprunta le chemin qui longe l’ancienne voie ferrée. Dans son empressement à quitter le village, elle en avait oublié d’ôter ses lunettes de vue. Cela la fit sourire. Durant quatre kilomètres, elle trottina lentement. Puis, sans même s’en rendre compte, accéléra le tempo. Elle traversa la route nationale au niveau du centre équestre et s’engagea résolument dans la colline. Elle pouvait deviner les traces laissées par les chevaux sur les portions les plus meubles du sentier. Occupée à maintenir son allure, elle ne réalisa pas que le soleil s’était désormais caché derrière les pins du massif des Alpilles. « J’ai de bonnes jambes, songea-t-elle. Demain, je vais faire 25km à l’allure marathon. »

La visibilité restait correcte. Au milieu d’une petite descente, elle fut pourtant surprise par une portion particulièrement piégeuse. Elle tenta d’ajuster ses appuis en raccourcissant quelques foulées mais – comme emportée dans son élan –, trébucha sur l’arête d’une pierre. Sa cheville gauche céda dans un petit bruit sec. Avant même qu’elle ne puisse compenser avec sa jambe droite, elle était à terre. « Non, mais c’est pas vrai, jura Charlotte. Quelle conne je fais ! » Il ne fallut qu’une poignée de secondes pour que sa colère s’efface sous le coup de la douleur. Son avant-bras gauche était sérieusement éraflé et la paume de sa main saignait. Elle remarqua des meurtrissures sur son flanc ainsi que de profondes entailles sur sa jambe. En cherchant à se relever, elle constata qu’elle ne pouvait prendre appui sur son pied gauche. Sautillant à cloche-pied, elle tenta de trouver un lieu moins escarpé où s’asseoir pour récupérer…

Charlotte mettait un point d’honneur à courir sans téléphone portable. Elle ne pouvait donc appeler d’éventuels secours. Fouillant machinalement la poche arrière de son short, elle trouva un ticket de métro comme délavé qui avait dû passer à la machine à laver. « Je prends des précautions à Paris, bougonna-t-elle. C’est ici que je devrais être prudente. » Elle se releva en grimaçant et partit à la recherche d’une branche solide qui puisse faire office de canne. Au bout de quelques dizaines de mètres, elle renonça. Elle venait d’atteindre une espèce de clairière connue des randonneurs des Alpilles : une citerne anti-incendie y était enterrée. Charlotte racla sa gorge et se rassit. L’obscurité tombait lentement.

Sa cheville avait enflé et il devenait urgent d’enlever sa chaussure gauche. Ce qu’elle fit en grimaçant.« Je vais passer la nuit seule ici, se dit-elle sans paniquer. Et demain, quelqu’un passera forcément par là au petit matin. » Elle se déplaça de quelques mètres sans se relever pour prendre appui sur un tronc imposant. « Désormais, il faut attendre. Personne ne sait que je suis ici et personne ne s’inquiétera. Une nuit dehors, ça n’a jamais tué personne ! » La nuit était claire et magnifiquement calme. Elle s’allongea pour observer le ciel étoilé. Plusieurs fois, elle tenta de refouler les larmes qui montaient dans sa gorge. Au moment où elle s’apprêtait à renoncer, elle aperçut un filet lumineux qui venait dans sa direction. Elle se redressa brusquement en agitant les bras en l’air. « A l’aide, à l’aide », cria-t-elle d’une voix soudain apeurée.

Charlotte entendit des bruits de pas et compris que la lumière provenait d’une lampe frontale. L’homme s’arrêta devant elle et s’agenouilla. Il lui sembla très vieux mais son équipement de baroudeur la rassura. « Que faites-vous là, mademoiselle ? », lui demanda-t-il. Elle lui répondit, en se mouchant à plusieurs reprises dans ses mains. Elle lui raconta sa chute et d’autres choses encore. Des choses beaucoup plus importantes que son entorse à la cheville. L’homme lui donna à boire et nettoya ses plaies. Il organisa un petit campement et prépara un gros sandwich au thon et aux œufs durs qu’il lui tendit. Charlotte parlait toujours. L’homme avait éteint sa frontale et l’écoutait en silence. Elle lui dit sa solitude parisienne, le chagrin de la perte de ses parents et les drôles de souvenirs qui rôdaient dans la petite maison de Maussane. L’homme posait sur elle un regard d’une bienveillance qu’elle n’a vu dans aucun regard. Il l’encouragea à boire à nouveau quelques gorgées d’eau et posa un duvet sur elle. Charlotte n’avait plus mal. Elle s’endormit quelques minutes plus tard.
 

Pascal.silvestre@runners.fr
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