Saucony Hattori

Une minimaliste
pour une novice

Soucieux de ne pas se fier (exclusivement) à son sens critique, le Professeur a demandé à Marie, novice du minimalisme, de tester avec lui la Saucony Hattori. Voici leur verdict choral en forme de plébiscite…

Ami runner, prépare-toi à un choc : la Saucony Hattori est une minimaliste pure et dure, la vraie première chez un grand équipementier. Zero-drop parfait, pas de différence de hauteur de semelle entre le talon et l’avant du pied. Semelle relativement fine et flexible au niveau de la base des orteils. Poids plume, 130g en 45,5. Toebox large, espace important au niveau des orteils. Et ce qui ne gâche rien, le prix est lui aussi minimaliste pour une fois ! 80€.

Cependant et sans doute parce que Saucony est justement un « grand » équipementier, elle a été conçue pour pouvoir être utilisée par un public pas forcément averti. Ainsi présente-t-elle des zones spécifiques d’amorti sous le gros orteil, qui est le « moteur » de la foulée minimaliste, mais également sous le talon, ce qui est plus surprenant, mais confirme que sa cible ne se limite pas à quelques happy barefooters en quête de protection. Quant à la semelle, elle n’est réellement flexible que sur l’avant et très loin du chamallow qu’on rencontre sur d’autres minimalistes.

Petit conseil du Professeur : vous aurez remarqué que le chausson comporte des Velcro derrière le talon et sur le dessus du pied. Ceux-ci n’offrent néanmoins qu’une très faible marge de réglage. Aussi, si vous souhaitez l’utiliser pieds nus, je vous suggère de prendre une demi-pointure en dessous de votre pointure running habituelle. Sachez également que le chausson tient relativement chaud, surtout utilisé pieds nus justement.

Mais, assez de blabla, venons-en au fait de ce test de la Hattori. Honneur aux dames. Et à Marie, qui signe ici sa première contribution à runners.fr :

L’avis de Marie

Pour mon premier test pour Runners.fr, le Professeur m’a rudement mise à l’épreuve puisque c’est avec une paire de ‘minimalistes pures et dures’, selon ses termes, qu’il m’a demandé de faire mes premières armes pour cette rubrique !

Ancienne pistarde reconvertie en routarde depuis quelques années, j’avais déjà vaguement entendu parler du minimalisme sans avoir un réel avis sur la question et pour être totalement honnête, c’est relativement sceptique que j’observais les quelques coureurs munis de Vibram fivefingers croisés sur la piste du stade Suzanne Lenglen dérouler leurs surprenantes foulées…

Le modèle qui a été mis à ma disposition dans sa version blanche et orange m’a tout de suite frappée par ses spécificités techniques à savoir sa légèreté, son absence de dénivelé ( ‘zero dropping’ pour les puristes) et l’inexistence d’un soutien au niveau de la voûte plantaire.

De ce fait, j’ai trouvé les premières foulées très perturbantes avec la sensation de tout ressentir et de tout entendre à chaque fois que l’on déroule le pied au sol. Lors de mes sorties suivantes – sur les conseils du Professeur, je n’ai porté ces chaussures qu’à la fin d’une sortie en endurance après avoir au préalable bien échauffés et étirés chevilles et mollets. J’ai ainsi constaté que petit à petit ma foulée se faisait plus légère, s’effectuait plus en fréquence et ce sur l’avant du pied. Je ressentais que mon pied travaillait réellement au sol.

Très confortable, la chaussure la plus minimaliste de la marque Saucony peut toutefois surprendre par son look quelque peu  «non conventionnel»  qui n’est pas sans faux airs de pointes ou de chaussures de planche à voile… Le chausson perforé de l’Hattori, extrêmement fin et extensible sur le coup de pied, s’enfile assez aisément et les bandes de velcro remplaçant les lacets contribuent à maintenir le pied ce qui, pour une non minimaliste, est assez rassurant !

Ainsi, pour une première en minimalistes, je dirai que ce fut une première réussie !  Le fait que cette chaussure m’ait invitée à me concentrer sur ma foulée et sur mon travail du pied au sol m’a particulièrement plu. Toutefois comme évoqué plus haut, je n’ai pas excédé les 10-15 minutes de course avec et je dois reconnaître que je me verrais difficilement enfiler ces dernières sur une sortie longue ou de façon spécifique sur des séances de VMA. L’absence de semelle en relief et leur légèreté extrême faisant craindre la blessure.

L’avis du Professeur

Je ne vais pas tourner 107 ans autour du pot : en tant que runner minimaliste, j’adore cette chaussure qui est, à l’heure actuelle – en attendant l’Hattori version 2 ? LOL – la meilleure minimaliste avec laquelle j’ai jamais couru.

Malgré sa définition très épurée, elle se caractérise d’abord, comme toute Saucony, par son confort. Et oui, on peut se sentir bien dans une minimaliste. Je vais même vous surprendre en vous disant qu’elle « amortit » bien. Amortit entre guillemets bien entendu. Les inserts sous le gros orteil absorbent une partie de la force d’impact mais sans diminution du retour d’énergie. Il en est de même sous le talon lorsque la foulée se fait lourde.

Le dynamisme est exceptionnel, les séances de VMA sont un réel plaisir. Mais les séances rapides ne sont pas son seul terrain de jeu. Je l’ai testée sur une sortie de deux heures à 70% de VMA. Quel régal ! L’Hattori, la tuerie !

L’Hattori possède un secret, un atout majeur : le « rail de guidage ». Ce « rail » court le long du gros orteil et du premier métatarse, qui sont le moteur d’une foulée minimaliste parfaite. Ils touchent le sol en premier et se doivent de rester alignés dans l’axe du déplacement. Outre leur fonction d’amortisseurs, les inserts placés sous la semelle assurent cette fonction d’alignement. Ainsi, la foulée est-elle guidée et l’ensemble du corps parfaitement en place durant le mouvement. C’est la première fois que je vois cela sur une chaussure minimaliste. Je n’emploierai pas le terme de « stabilité », mais on n’en est pas loin.

Et voilà où je voulais en venir. L’Hattori est certes une vraie minimaliste, qui donnera entière satisfaction aux puristes comme moi. Mais, et vous l’avez vu au travers du témoignage de Marie, elle est aussi un excellent outil d’apprentissage pour celles et ceux qui souhaitent découvrir cette autre façon de courir – à consommer avec modération et progressivité comme toute bonne chose.

édité le 22/06/2011 par Fred Brossard

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