Born to Run, le Livre des Origines

Au commencement, autant dire aux origines du minimalisme, était Born to Run. Le livre culte arrive en France en octobre prochain. Enthousiaste, Frédéric Brossard s’essaie à l’exercice compliqué du pitch !

J’ose l’affirmer : s’il n’y avait pas eu Born to Run (nés pour courir), jamais le mouvement minimaliste n’aurait connu le développement qui est le sien. Ce docu-roman est le véritable Livre des Origines du minimalisme. Il va enfin être traduit en Français et paraîtra aux Editions Guérin en octobre 2012. D’ici là, si vous maîtrisez la langue de Shakespeare, vous le trouverez facilement sur Amazon.

Imaginez-vous, dans notre pays, un ouvrage sur la course à pied classé pendant plusieurs semaines parmi les meilleures ventes de livres en librairie ? Difficile mais c’est pourtant ce qui est arrivé à Born to Run aux Etats-Unis. Et pourtant, résumé en quelques mots, il n’a rien qui puisse justifier un tel engouement.

Le pitch : un journaliste, Chris Mc Dougall, passionné de course à pied, est miné par les blessures. Il entend parler des études du professeur Daniel Lieberman, de l’Université d’Harvard, qui met en évidence que les forces à l’impact sont moindres lorsqu’on a une foulée midfoot (mi pied) qu’une foulée sur le talon.

Chris décide d’aller éprouver cette théorie chez des Indiens Mexicains, les Tarahumaras, qui ont l’habitude de courir pendant des heures dans les montagnes, pieds nus ou chaussés de simples sandales. Il en revient barefooter convaincu et de nouveau en pleine possession de ses moyens. Pas de quoi en faire un livre, si ? Un article sur Runners.fr éventuellement…

Et pourtant, une fois la lecture entamée, on ne peut plus lâcher ce livre car il faut reconnaître qu’il est sacrément bien foutu, pour parler vulgairement. On y trouve de tout : des personnages hauts en couleur, des stars de la course à pied comme Scott Jurek, de la science, de l’ethnologie, des récits de course, des conseils pratiques…

Des exemples ?

Au rayon des personnages : Cheval Blanc, Caballo Blanco, de son vrai ( ?) nom Micah True, un Américain au passé obscur qui vit seul dans les montagnes auprès des Tarahumaras. On ne sait ce qu’il fait dans la vie hormis de courir pieds nus et de décider d’organiser le premier Copper Canyon Ultramarathon opposant des Tarahumaras et une poignée d’ultratrailers occidentaux dont Scott Jurek.

Côté science : les études de Daniel Lieberman évidemment mais aussi toutes celles qui apportent de l’eau au moulin des partisans du minimalisme. Et en ce qui concerne l’ethnologie, vous apprendrez comment chasser la gazelle sans arme. Une indication : elle court vite mais doit s’arrêter souvent. Vous apprendrez aussi à fabriquer de l’iskiate, une boisson fermentée que les Tarahumaras boivent avant d’aller courir pendant des heures et des heures.

Le premier Copper Canyon Ultramarathon, auquel participe l’auteur, guéri de toutes ses blessures par la pratique du barefoot, est le fil rouge de récits de course qui se mêlent et s’entremêlent. Une véritable épopée dans les montagnes mexicaines avec un Scott Jurek qui s’avouera battu face à un indien chaussé de huaraches. La prochaine édition a lieu le 4 mars 2012. Il est peut-être encore temps de s’inscrire.

Des conseils pratiques également : comment démarrer le barefoot, la progressivité, comment éviter les blessures…

Born to Run est une sorte d’auberge espagnole de la littérature sportive qui mélange un peu tous les genres mais auquel le talent de Chris McDougall donne une cohérence et une force qui en font plus qu’un simple documentaire. C’est un livre « à l’Américaine », un road book avec des flashbacks, des descriptions de paysages, de courses…

Il n’est pas évident que sa forme plaise à notre mentalité francophone. J’espère me tromper.

Une chose dont je suis certain, c’est qu’il n’aura pas le même retentissement qu’aux Etats-Unis. McDougall est devenu une véritable star médiatique depuis la sortie du livre, l’invité quasi-permanent de tous les talk-shows. Ses personnages aussi ont gagné en notoriété au point d’être parfois utilisés à leur corps défendant, comme Daniel Lieberman dont certains ont « interprété » les résultats d’études à leur sauce. Une chose est certaine : la médiatisation de Born to Run a favorisé l’expansion du minimalisme Outre-Atlantique.

Le livre culte aura-t-il le même impact en France ? Réponse mi-octobre…